L'Héritage de Lou Marsh - Les meilleurs athlètes canadiens

DES RÉDACTEURS SPORTIFS RENDENT HOMMAGE AU DÉFUNT LOU MARSH

« C’était tout un homme. » Voilà comment Tommy Munns le décrit
DES PENSÉES REMPLIES DE TENDRESSE
Par TOMMY MUNNS
Rédacteur sportif pour The Globe

« C’était tout un homme. » Cette phrase, quoique très clichée, est la meilleure pour décrire Lou Marsh dont la mort soudaine a pris le monde du sport par surprise. C’était une personne remarquable, et ce, pendant toutes ses années passées dans le monde du sport où il a été reconnu comme étant un grand compétiteur, un grand arbitre et, par-dessus tout, comme critique et rédacteur. Dynamique, parfois incisif dans ses écrits, spécialement lorsqu’il se bat pour une cause, doté d’une personnalité forte et confiante, il a toujours fait bonne impression dans toutes les sphères d’activités auxquelles il a participé.

Lou Marsh était un homme d’action. C’est même incroyable que la puissance de son dynamisme se soit soudainement arrêtée. Il n’a jamais perdu son engouement pour la compétition et après des années d’expérience, il n’a jamais arrêté d’être fasciné par son travail au journal. Lorsqu’il s’est retiré des sports tels que la course à pied et le football, il s’est tourné vers la voile, les courses de bateaux à moteur et d’autres loisirs pour lesquels il a développé un désir de gagner ou une passion, un amusement, même s’il ne s’agissait que d’un passe-temps.

Reconnu pour son courage
Ni un autre écrivain, ni un autre arbitre n’est plus courageux que lui. Il est impossible de connaître quelqu’un qui peut contrôler de façon aussi compétente et sérieuse une compétition dont il est responsable. Nous pouvons premièrement souligner ces points puisqu’il est probablement un des seuls à se dévouer corps et âme à son métier. Si un sujet controversé devait être commenté, il exprimait ses idées avec courage. Cela ne le dérangeait guère de faire partie d’une minorité s’il appuyait les principes du sport amateur et il soutenait ce secteur loyalement lorsque venait le temps d’en parler. Cependant, il a toujours refusé d’encourager le « semblant de sport amateur » et de protéger ceux qui tentaient de commercialiser le sport au nom du sport amateur. Il était cinglant dans ses écrits contre de telles personnes. En raison de ses idées et de la façon dont il les exprime, plusieurs se sont fait une mauvaise opinion de lui. Ceux-ci ne le connaissaient pas. Ses amis ont compris que son grand cœur et sa compassion étaient sans limite. Il a parfois trop tenté de retenir ses sentiments qui définissaient en fait la plus grande partie de sa personnalité. Cependant, ceux qui ne le connaissaient pas personnellement ne pouvaient et ne pourront jamais s’en rendre compte.





Un journaliste individualiste

Dire que son style d’écriture était familier et nonchalant est presque superflu. Il était reconnu certes pour cela, mais aussi pour ses remarques et ses phrases habituellement courtes qui secouaient. Bref, il ne tournait jamais autour du pot. Il a de plus en plus aimé ce genre d’écriture et était fier de varier son style de façon originale, mais parfois il était plus conservateur dans son approche. Lorsqu’il travaillait ainsi, ses textes devenaient des chefs-d’œuvre ou presque.

Habituellement, c’était la notice nécrologique d’un ami qui lui manquait tout comme à plusieurs de ses proches. Parfois, lorsqu’il écrivait une histoire qu’il considérait très importante, il traitait ses écrits différemment. Occasionnellement, il se concentrait simplement sur un petit détail de la vie, trouvait une grande importance dans celui-ci et créait tout un monde de beauté autour de ce petit élément. C’était dans des moments comme ceux-là que ses idées étaient différentes de celles qu’il exprimait normalement. Cette autre façon d’écrire donnait la chance au public de le comprendre autrement, de voir un côté de lui qu’il n’avait jamais vu. Dans la vie privée, nous, ses amis, pouvons vous énumérer un nombre infini d’événements qui prouvent à quel point c’était un homme humain et bon.

Souvenirs personnels d’un ami perdu

J’ai tenté d’écrire sous la forme impersonnelle, mais tous ceux qui ont connu Lou savent que c’est impossible de le faire. C’était un homme charismatique. Il était pour moi un vrai ami. Lorsque j’ai débuté ma carrière il y a 16 ans en tant que « journaliste en herbe » pour le Globe, il pouvait être brusque avec un journaliste expérimenté, mais avec moi, un nouveau, il n’a fait que m’aider. Il n’a pas agi ainsi parce que je représentais quelque chose pour lui, mais parce qu’il avait compris qu’un jeune avait besoin de l’aide d’un expert en ce qui concerne les nouvelles et la façon de les présenter.

Je connais Lou depuis longtemps et je l’ai côtoyé dans d’innombrables situations. Ma tristesse est infinie lorsque je pense à lui. Chaque image de lui que je revois dans mon esprit est vivante. Je ne peux me rappeler de toutes les situations que j’ai vécues avec Lou, mais j’ai une nette image de lui en tant que personnage principal.

Dans les sports, il était partout

Je n’ai même pas à fermer mes yeux, je le vois déjà écrire à propos de la partie de crosse au parc Scarboro. Je l’imagine avec ses jumelles scruter la course de la piste Woodbine. Je le vois tenter de garder son calme alors qu’il est aussi excité qu’un enfant qui assiste à une partie de hockey très serrée. Je pense à lui lorsqu’il s’allumait un de ses cigares préférés au milieu d’un groupe d’athlètes dans le vestiaire.

C’est aussi très facile de se rappeler de lui comme des milliers d’autres gens l’ont connu alors qu’il gardait le contrôle d’une partie de hockey robuste, levant le bras pour envoyer un joueur fautif au banc des pénalités et qu’il tournait attentivement autour d’un ring de boxe.

Il aimait écrire, mais il adorait aussi son métier d’arbitre. Si le duel n’était pas spectaculaire, il s’arrangeait pour qu’il le soit. Si cela devait être nécessaire, il ne se gênait pas pour s’adresser directement aux boxeurs :

« Allez, garde tes gants hauts. »
« Battez-vous, vous êtes payés pour donner un spectacle. »
« C’est le dernier round. Mon vote ira à celui qui remporte ce round. »

Amateur de loisirs extérieurs
Il était l’ami idéal. Demandez à plusieurs hommes qui sont déjà allés chasser ou pêcher avec lui. Il adorait ces deux sports et ils les pratiquaient avec son énergie hors du commun. Jamais il ne laissait les conditions météorologiques ou une situation déranger ses plans. Je n’ai pas eu la chance de connaître cet aspect de sa personnalité dans ces voyages, mais je me rappelle comme si c’était hier, même si cela date d’il y a 15 ans, être allé en vacances avec Lou et trois autres hommes où nous avons fait du canot pendant deux semaines sur le lac Ontario.

Dans tous les rassemblements qu’il joignait, il prenait le contrôle. C’était un leader né.

Un ami fidèle aux œuvres caritatives

Lou a fait de bien belles choses pour les œuvres caritatives. Cependant, à moins que cela ne soit vraiment nécessaire de se montrer, il préférait rester dans l’ombre. Cela en surprendrait plusieurs si je vous disais combien de fois il a refusé de se faire payer pour son travail d’arbitre simplement parce que le spectacle était dédié à une œuvre de charité.

Il y a plusieurs années, il a décidé de se retirer et de ne plus pratiquer le métier d’arbitre, mais il a tout de même fait quelques « retours ». La dernière fois que je l’ai vu dans un ring de boxe, si je me rappelle bien, c’était lorsqu’il a accepté la demande de Charlie Ring d’arbitrer pour le Club Lions de Bowmanville.

Il a dépassé les limites qu’il s’était imposées parce que cela « pouvait aider ».

Il y a seulement quelques semaines, il a arbitré un combat de lutte. Il l’a fait pour une œuvre de charité, sinon il ne serait jamais monté dans le ring.

Jack Corcoran a souvent offert 500 $ à Lou pour arbitrer un combat de lute à Toronto. Il savait que c’était une bonne façon de faire de la publicité puisque Lou n’a jamais apprécié la « lutte moderne » et que les spectateurs le savaient. Cependant, les demandes de Jack étaient toujours refusées sans hésitation par Lou.

Corcoran a donc organisé un combat de lutte à Hamilton dont tous les profits iraient à une œuvre de charité. En rigolant, il a demandé à Lou d’être l’arbitre de la soirée.

« Écoute Jack, répliqua Lou. Si tu penses que je peux aider, j’arbitrerai un combat si tu fais de même. » C’est ainsi que l’entente fut tenue.

On pourrait évoquer des souvenirs de Lou pendant des heures, mais une fois que toutes les histoires seraient racontées, elles termineraient non pas par une belle strophe, mais simplement par les mots « au revoir mon bon ami ». Lou préférerait cela ainsi.